Le
Café de Flore a été au centre de la vie homosexuelle parisienne des
années 50. Cet établissement, s'il est devenu aujourd'hui un endroit
mythique qui n'attire plus que les touristes, n'a pas toujours été non
plus le rendez-vous des folles de Saint Germain des Près.
1885 - 1939.
L'établissement est fondé en 1885 et va devenir le berceau du journal
de l'Action Française fondé par Charles Maurras, donc d'un parti
antisémite, xénophobe, royaliste et d'extrême droite. Il aura aussi
d'autres clients, dont le poète Guillaume Apollinaire, premier
intellectuel à aimer cet endroit dès 1913 et qui entrainera derrière
lui d'autres écrivains comme André Breton, Aragon et dans les années 30
Léon-Paul Fargue, Raymond Queneau, Michel Leiris, Georges Bataille,
Robert Desnos, Max Jacob... on y rencontrera aussi des peintres comme
Picasso, des
cinéastes comme Marcel Carné, des acteurs comme Serge
Reggiani.
1939-1983.
En
1939, celui qui va présider à la destiné du Café de Flore jusqu'en 1983
rachète l'établissement. Le Bougnat Paul Boubal va faire de son
établissement le centre de la vie intellectuelle parisienne. Celui que
tout le monde appelle Boubal, n'est pas un inconnu des intellectuels
homos puis qu'avant guerre, il ½uvrait déjà comme serveur au Boeuf sur
le Toit, le
rendez vous de l'élite homosexuelle. Mais les temps ont changé et les
générations se sont succédées. Les clients du B½uf sur le toit ne
fréquenteront pas le Café de Flore. Dès 1941, Jean-Paul Sartre et
Simone de Beauvoir ont fait du Café de Flore leur QG et derrière eux,
ceux qu'on appelle les germanopratins, c'est-à-dire, les habitants de
Saint Germain des Près mais surtout les existentialistes qui avaient
fait du quartier leur centre de vie à partir de la Libération. Dès le
début des années 50, l'endroit devient
à la mode. Poètes, intellectuels, artistes s'y retrouvent. Peu à peu
les homos et en particulier
les garçons efféminés investissent le lieu surtout après la fermeture
de leur endroit préféré, la Reine Blanche. Si on les trouve en
terrasse, c'est surtout la
salle du premier étage, celle où avait été fondé le journal de Mauras,
qui devient leur royaume. Pourtant Boubal n'est pas homosexuel et
n'approuve pas ces démonstrations excentriques qui donnent de son
établissement une image négative. Au début il aura une certaine
réticence à servir cette clientèle et demandera même à ses serveurs de
leur appliquer un tarif supérieur. Boubal, contrairement à ses clients,
n'est pas non plus poète ou intellectuel, mais un Aveyronnais
pragmatique, travailleur et bon commerçant. C'est peut-être cette
dernière qualité qui fera qu'il s'accommodera finalement de cette
clientèle
homosexuelle, riche et dépensière et qu'il tolèrera bien, même si
officiellement il fera toujours mine de s'en défendre. Ce n'est qu'à la
fin des années 60, que comme le quartier Saint Germain, le Café de
Flore va peu à peu être abandonné par la clientèle homosexuelle qui a
choisi un nouveau quartier, celui de la rue Sainte Anne. Le Café de
Flore va entamer une nouvelle mutation qui sera accélérée à partir de
1983, lorsque Boubal va vendre son établissement.
Après un couple de repreneurs qui jettera l'éponge au bout de quelques
mois, en 1984, le nouveau propriétaire s'appelle Miroslav Siljegovic. D'autres
propriétaires, d'autres clients,
d'autres modes, mais les murs du premier étage auront raisonné plus de
20 ans sous les rires et les exclamations des folles de Saint
Germain. |
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