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RHONE-ALPES - 38 - GRENOBLE

COMPTE-RENDU 2004 DE CIGALE :

Compte-rendu de l'action de Cigale (Collectif inter-associatif des Gays et Lesbiennes de Grenoble pour les non initiées) concernant la commémoration de la déportation. Article paru dans Lesbroufe, bimestrielle des Voies d'Elles.

Celles qui ont une adresse électronique ou qui sont venues à la réunion de préparation ont pu en suivre les étapes, les autres en avaient eu un aperçu dans le précédent Lesbroufe. Pour la première fois à Grenoble, les Lesbiennes et Gays de Cigale étaient présent-e-s lors de la cérémonie de commémoration de la déportation, le 25 avril 2004.

Nous étions entre 40 et 50, arborant discrètement les symboles de la discrimination lesbhomophobe dans les camps, le triangle rose pour les hommes, le triangle noir pour les femmes, considérées, au même titre que les prostituées comme des asociales.

Voici ce qu'en a écrit le lendemain un journaliste du Dauphiné Libéré qui nous a interviewé-es :

" [...] On notait aussi la présence dans le public, du collectif inter-associatif des gays et lesbiennes de Grenoble (Cigale) qui voulait prendre part au dépôt de gerbe, en mémoire des déportés homosexuels et lesbiennes pendant la guerre. Ils ont été des milliers en Europe et plusieurs centaines en France.

A Lille et à Lyon, des dépôts de gerbe ont déjà eu lieu, mais en dehors des cérémonies officielles. Contacté, le préfet de l'Isère s'est montré sensible au discours du Collectif. Cela étant, le CIGALE n'étant pas juridiquement reconnu comme une association de déportés, ce dépôt de gerbe n'a pu avoir lieu, les gays et lesbiennes portant simplement au revers de leurs vêtements, un signe distinctif rose pour les hommes, noir pour les femmes. " (NB : ces paragraphes occupaient près de la moitié de l'article consacré à cette cérémonie).

Commentaire de texte :

Nous avons sollicité d'abord le maire de Grenoble, qui a appuyé notre démarche auprès du préfet, et nous avons contacté les associations d'ancien-ne-s déporté-e-s.

Le directeur de cabinet du préfet nous a téléphoné en expliquant qu'après consultation de ces dernières, le préfet n'était pas favorable au dépôt d'une gerbe. Seule l'ANACR (Association Nationale des Anciens Combattants et Résistants) a répondu à notre courrier en nous faisant part de son soutien et de son attachement à la reconnaissance de tous les types de déportés.

Le fait de ne pas être " juridiquement reconnu " est bien sûr un argument fallacieux car tout le monde sait désormais que les homosexuel-les ont subi la barbarie nazie, au même titre que d'autres.

Le CA de Cigale ne souhaitait pas déposer une gerbe en catimini, après le départ des autres associations comme cela a pu se produire ailleurs.

Sur place, nous avons pu relever des réactions diverses. Du Monsieur qui trouvait que c'était bien " que des jeunes soient là cette année " (sans se douter que cette " relève de la jeunesse " était le fait de gays et lesbiennes !) aux divers membres d'associations qui nous ont accueilli-e-s chaleureusement, sans oublier le maître de cérémonie, un certain Pierre Gascon, qui a jugé que les Gays et Lesbiennes n'avaient pas besoin d'être reconnus comme déportés car :

1°) il n'y en aurait pas eu en France

2°) on ne va quand même pas reconnaître ce statut à tout le monde ! " Pourquoi pas aux bouchers-charcutiers ? " (sic !)

 

A ces remarques fleurant bon une lesbhomophobie larvée, nous avons opposé les arguments suivants :

1°) Il y eut plusieurs centaines de déportés homosexuel-les en Alsace &endash; Moselle alors annexées par l'Allemagne nazie et ce, grâce aux fichiers constitués tout à fait illégalement avant la guerre par la police de notre bonne vieille République et fournis à la Gestapo. Pierre Seel, le seul rescapé connu (peut être parce que le seul survivant) a pu témoigner de sa propre expérience. En outre, plusieurs milliers de gays et lesbiennes ont été déporté-e-s dans toute l'Europe et nous souhaitons honorer leur mémoire. Enfin, d'autres déporté-e-s ont eu beaucoup de difficultés à être reconnu-e-s comme tel-les. C'est le cas des Tziganes qui n'ont été comptabilisés comme " déportés raciaux " qu'après un long combat.

2°) Les bouchers-charcutiers n'ont été nulle part déportés en tant que tels. Les homosexuel-les oui, et lorsque l'on discrimine, persécute, déporte une personne simplement parce qu'elle EST, cela s'appelle un crime contre l'humanité.

Comme d'habitude, ce sont les lesbhomophobes qui occupent le plus clair de notre combat et la place que je leur accorde dans ces colonnes ne le démentira pas.

Alors pour montrer qu'il reste quelque espoir dans ce monde de brutes je voudrais conclure sur les manifestations de sympathie nombreuses dont nous avons été l'objet. Beaucoup d'ancien-ne-s déporté-e-s ou de leurs descendant-e-s sont venu-e-s spontanément nous saluer (nous étions très visibles avec nos triangles) en exprimant leur satisfaction de nous voir parmi eux/elles. Une dame nous a expliqué qu'elle avait tenté en vain de défendre notre cause dans son association. Une autre nous a dit qu'elle attendait notre venue depuis longtemps. Une troisième s'est montrée scandalisée que nous n'ayons pu déposer une gerbe : " de quel droit ? " s'interrogea-t-elle.

Notre participation à cette commémoration est sans doute l'occasion de pointer du doigt que la lesbhomophobie d'hier a des prolongements aujourd'hui. Contrairement à ce que pense un animateur pédagogique du Musée de la Résistance, il ne s'agit pas d'une " manifestation identitaire " de la part des gays et lesbiennes, mais bien de la continuité d'une lutte qui vise à nous libérer de l'enfermement, de la ghettoïsation, de ces camps desquels, selon certains, nous n'aurions jamais dû sortir (Lyon, 2002 : " on devrait réouvrir les fours pour vous ! ").

Les Voies d'Elles proposent à Cigale de prolonger cette action en ouvrant la discussion avec les anciens déportés. L'association Contact a envisagé de nous faire participer à une émission de radio-campus sur ce thème.

Rendez-vous en septembre pour mettre tout cela au point.

Sylvie Meinier.

 

 

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