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COMPTE-RENDU 2004
DE CIGALE :
Compte-rendu de
l'action de Cigale (Collectif
inter-associatif des Gays et
Lesbiennes de Grenoble pour les
non initiées) concernant
la commémoration de la
déportation. Article paru
dans Lesbroufe, bimestrielle des
Voies d'Elles.
Celles qui ont une
adresse électronique ou
qui sont venues à la
réunion de
préparation ont pu en
suivre les étapes, les
autres en avaient eu un
aperçu dans le
précédent
Lesbroufe. Pour la
première fois à
Grenoble, les Lesbiennes et Gays
de Cigale étaient
présent-e-s lors de la
cérémonie de
commémoration de la
déportation, le 25 avril
2004.
Nous étions
entre 40 et 50, arborant
discrètement les symboles
de la discrimination
lesbhomophobe dans les camps, le
triangle rose pour les hommes, le
triangle noir pour les femmes,
considérées, au
même titre que les
prostituées comme des
asociales.
Voici ce qu'en a
écrit le lendemain un
journaliste du Dauphiné
Libéré qui nous a
interviewé-es :
" [...] On notait
aussi la présence dans le
public, du collectif
inter-associatif des gays et
lesbiennes de Grenoble (Cigale)
qui voulait prendre part au
dépôt de gerbe, en
mémoire des
déportés
homosexuels et lesbiennes pendant
la guerre. Ils ont
été des milliers en
Europe et plusieurs centaines en
France.
A Lille et
à Lyon, des
dépôts de gerbe ont
déjà eu lieu, mais
en dehors des
cérémonies
officielles. Contacté, le
préfet de l'Isère
s'est montré sensible au
discours du Collectif. Cela
étant, le CIGALE
n'étant pas juridiquement
reconnu comme une association de
déportés, ce
dépôt de gerbe n'a
pu avoir lieu, les gays et
lesbiennes portant simplement au
revers de leurs vêtements,
un signe distinctif rose pour les
hommes, noir pour les femmes. "
(NB : ces paragraphes occupaient
près de la moitié
de l'article consacré
à cette
cérémonie).
Commentaire de
texte :
Nous avons
sollicité d'abord le maire
de Grenoble, qui a appuyé
notre démarche
auprès du préfet,
et nous avons contacté les
associations d'ancien-ne-s
déporté-e-s.
Le directeur de
cabinet du préfet nous a
téléphoné en
expliquant qu'après
consultation de ces
dernières, le
préfet n'était pas
favorable au dépôt
d'une gerbe. Seule l'ANACR
(Association Nationale des
Anciens Combattants et
Résistants) a
répondu à notre
courrier en nous faisant part de
son soutien et de son attachement
à la reconnaissance de
tous les types de
déportés.
Le fait de ne pas
être " juridiquement
reconnu " est bien sûr un
argument fallacieux car tout le
monde sait désormais que
les homosexuel-les ont subi la
barbarie nazie, au même
titre que d'autres.
Le CA de Cigale ne
souhaitait pas déposer une
gerbe en catimini, après
le départ des autres
associations comme cela a pu se
produire ailleurs.
Sur place, nous
avons pu relever des
réactions diverses. Du
Monsieur qui trouvait que
c'était bien " que des
jeunes soient là cette
année " (sans se douter
que cette " relève de la
jeunesse " était le fait
de gays et lesbiennes !) aux
divers membres d'associations qui
nous ont accueilli-e-s
chaleureusement, sans oublier le
maître de
cérémonie, un
certain Pierre Gascon, qui a
jugé que les Gays et
Lesbiennes n'avaient pas besoin
d'être reconnus comme
déportés car :
1°) il n'y en
aurait pas eu en France
2°) on ne va
quand même pas
reconnaître ce statut
à tout le monde ! "
Pourquoi pas aux
bouchers-charcutiers ? " (sic
!)
A ces remarques
fleurant bon une lesbhomophobie
larvée, nous avons
opposé les arguments
suivants :
1°) Il y eut
plusieurs centaines de
déportés
homosexuel-les en Alsace &endash;
Moselle alors annexées par
l'Allemagne nazie et ce,
grâce aux fichiers
constitués tout à
fait illégalement avant la
guerre par la police de notre
bonne vieille République
et fournis à la Gestapo.
Pierre Seel, le seul
rescapé connu (peut
être parce que le seul
survivant) a pu témoigner
de sa propre expérience.
En outre, plusieurs milliers de
gays et lesbiennes ont
été
déporté-e-s dans
toute l'Europe et nous souhaitons
honorer leur mémoire.
Enfin, d'autres
déporté-e-s ont eu
beaucoup de difficultés
à être reconnu-e-s
comme tel-les. C'est le cas des
Tziganes qui n'ont
été
comptabilisés comme "
déportés raciaux "
qu'après un long
combat.
2°) Les
bouchers-charcutiers n'ont
été nulle part
déportés en tant
que tels. Les homosexuel-les oui,
et lorsque l'on discrimine,
persécute, déporte
une personne simplement parce
qu'elle EST, cela s'appelle un
crime contre
l'humanité.
Comme d'habitude,
ce sont les lesbhomophobes qui
occupent le plus clair de notre
combat et la place que je leur
accorde dans ces colonnes ne le
démentira pas.
Alors pour montrer
qu'il reste quelque espoir dans
ce monde de brutes je voudrais
conclure sur les manifestations
de sympathie nombreuses dont nous
avons été l'objet.
Beaucoup d'ancien-ne-s
déporté-e-s ou de
leurs descendant-e-s sont
venu-e-s spontanément nous
saluer (nous étions
très visibles avec nos
triangles) en exprimant leur
satisfaction de nous voir parmi
eux/elles. Une dame nous a
expliqué qu'elle avait
tenté en vain de
défendre notre cause dans
son association. Une autre nous a
dit qu'elle attendait notre venue
depuis longtemps. Une
troisième s'est
montrée scandalisée
que nous n'ayons pu
déposer une gerbe : " de
quel droit ? "
s'interrogea-t-elle.
Notre
participation à cette
commémoration est sans
doute l'occasion de pointer du
doigt que la lesbhomophobie
d'hier a des prolongements
aujourd'hui. Contrairement
à ce que pense un
animateur pédagogique du
Musée de la
Résistance, il ne s'agit
pas d'une " manifestation
identitaire " de la part des gays
et lesbiennes, mais bien de la
continuité d'une lutte qui
vise à nous libérer
de l'enfermement, de la
ghettoïsation, de ces camps
desquels, selon certains, nous
n'aurions jamais dû sortir
(Lyon, 2002 : " on devrait
réouvrir les fours pour
vous ! ").
Les Voies d'Elles
proposent à Cigale de
prolonger cette action en ouvrant
la discussion avec les anciens
déportés.
L'association Contact a
envisagé de nous faire
participer à une
émission de radio-campus
sur ce thème.
Rendez-vous en
septembre pour mettre tout cela
au point.
Sylvie
Meinier.
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