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On
pourrait se demander " Mais comment a-t-il
été possible de nier la
déportation pour
homosexualité pendant plus de 50
ans ? " En fait il faut surtout se
remettre dans un contexte de
pénalisation de
l'homosexualité sur cette
période : Alors qu'en 1942 le
gouvernement de Vichy introduit pour la
première fois dans le Code
Pénal la pénalisation de
l'homosexualité par l'article 331,
celui-ci ne sera supprimé qu'en
1982 !
Les
associations françaises pour la
reconnaissance de la Déportation
pour homosexualité
Au
retour des camps est créé un
secrétariat d'Etat aux Victimes de
guerre. à l'époque on fait
silence sur la déportation
homosexuelle. En fait, de façon
générale, on est peu
à l'écoute des
témoignages.
- Le
mouvement homosexuel français se
réveille après mai 1968
(avant les émeutes du
Stonewall).
- En
1972, le rapport (interdit) du FARH ouvre
la question de la déportation
à la suite d'un témoignage
reçu en 1971. L'association des
années précédentes,
Arcadie, n'assurait pas de transmission de
la mémoire. à
l'époque les preuves sont
insuffisantes par manque de travail
d'historien.
- Les
années 1970 voient les premiers
dépôts de gerbes,
jugés intempestifs par les
associations de déportés. En
1971, la gerbe déposée au
Mémorial de la déportation
est détruite puis une grille est
installée autour du jardin du
mémorial.
- Le 8
avril 1982, les injures de
l'évêque de Strasbourg qui
déclare que les homos sont infirmes
et doivent se considérer comme tels
amènent Pierre Seel à
témoigner publiquement. Les
dépôts de gerbes sauvages ou
semi-officiels se
généralisent alors.
- Au
milieu des années 1990, les pouvoir
publics résistent moins.
L'opposition vient finalement plus de
fédérations de
déportés. En 1998 de
violents affrontements à Reims
aboutirent à la condamnation d'une
fédération de
déportés !
Des gerbes de fleurs sont
régulièrement
déposées dans une douzaine
de villes. L'ambiance est souvent correcte
et la presse relaye bien l'information :
Les Flamands Roses à Lille, Angel
91 à Evry, Le Mémorial de
la Déportation Homosexuelle
à Paris, Mémoire des
Sexualités à Marseille, Le
CLG de Nantes, etc..
La
reconnaissance dans le monde
Les
situations sont bien sûr très
diverses d'un pays à l'autre.
Cependant on pourra retenir :
- En
1984 un groupe homosexuel autrichien
dépose une plaque rappelant le
martyr des Triangles Roses à
Mathausen (ancien camp de
concentration).
- En
1987 un monument officiel est
érigé à
Amsterdam.
- En
1988 l'Allemagne reconnaît un
déporté pour motif
d'homosexualité.
-
Aujourd'hui autour de nous, l'Allemagne,
le Danemark, les Pays-Bas, la Suisse et la
Belgique ont reconnu ce type de
déportation.
Le
tournant 2001
Les
choses bougent significativement en 2001,
avec trois avancées significatives
:
- M.
Lionel Jospin, Premier Ministre, tient des
propos explicites à ce sujet le 26
avril 2001, trois jours avant la
Journée de la Déportation :
" Nul ne doit rester à
l'écart de cette entreprise de
mémoire. Il est important que notre
pays reconnaisse pleinement les
persécutions
perpétrées durant
l'occupation contre certaines
minorités, les
réfugiés espagnols, les
tziganes ou les homosexuels." C'est la
première fois que la
République française
reconnaît cette déportation
!
- Le
secrétariat d'Etat aux Anciens
combattants fait alors passer une
circulaire aux préfets incitant
à autoriser la présence des
associations homosexuelles aux
cérémonies.
-
Surtout, une commission d'historiens est
créée, pour étudier
les archives du ministère, ouvertes
à cette occasion. Cette commission
est coordonnée par la très
officielle la Fondation pour la
Mémoire de la
Déportation.
-
Cependant tout n'est pas acquis : à
Lille, ce n'est que grâce à
l'intervention des élus Verts
présents et de Madame Dulion,
organisatrice de la
cérémonie, et malgré
une réunion préparatoire en
Préfecture, que six membres des
Flamands Roses ont pu enfin pour la
première fois participer à
la cérémonie et se
recueillir dans l'enceinte de la Noble
Tour. Notre attitude a été
appréciée notamment par
Madame Dulion qui s'est dite prête
à nous associer à
l'avenir..
Et
aujourd'hui ?
Dans le
rapport de la Fondation pour la
Mémoire de la Déportation de
novembre 2001, on recense 210 homosexuels
persécutés et
internés, dont 206 en provenance
d'Alsace-Moselle. Dans son numéro
du mois d'avril, le magazine gratuit
Illico relate les propos de Jacques
Floch', secrétaire d'Etat à
la Défense, chargé des
Anciens combattants : pour lui " la
réalité de la
déportation homosexuelle ne peut
plus être niée " et " les
pouvoirs publics doivent dire haut et fort
que cela est inacceptable. " De vrais
changements ! Il compte reprendre la
proposition de la Fondation pour la
Mémoire de la Déportation :
un plaque accolée au
Mémorial de l'Île de la
Cité avec tous les triangles de
tous les déportés par les
nazis.
Reste un
gros blocage : les associations
homosexuelles ne sont toujours pas
autorisées dans les
cérémonies officielles du
Souvenir car statutairement celles-ci ne
sont peuvent être organisées
que par des associations de
déportés ou de parents de
déportés... Par ailleurs
les pouvoirs publics ont une attitude qui
varie du tout au tout selon les
régions.
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