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Discours de la
Cérémonie 2005 à
Strasbourg
Nous
sommes membres ou sympathisants des
associations lesbiennes, gaies, bi et
trans de Strasbourg et nous prenons
aujourd'hui la parole pour tenter de tirer
de l'oubli la mémoire des gays,
lesbiennes, bisexuels et transsexuels qui
ont été
déportés et
assassinés dans les camps de
concentration nazis pour le seul motif de
leur orientation sexuelle ou de
l'expression de leur genre.
Entre
1933 et 1945, les homosexuels d'Europe ont
été raflés,
torturés, expulsés ou
envoyés en camp par les nazis,
principalement sur le territoire du IIIe
Reich, dont l'Alsace et la Moselle
occupées.
De 100
000 à 150 000 homosexuels ont
été arrêtés par
les nazis entre 1933 et 1945, au titre du
paragraphe 175 du Code pénal
allemand ; 10 à 15 000 d'entre eux
ont été
déportés en camp de
concentration, où ils portaient un
triangle rose, pointe en bas. Les
lesbiennes ont quant à elles
été martyrisées sous
le triangle noir des " asociaux ".
Les deux-tiers sont morts entre les
barbelés avant la victoire des
Alliés.
Pour la
première fois cette année,
dans un discours qu'il a donné
à Berlin le 25 janvier 2005, le
chancelier allemand Gerhard Schröder
a mentionné la déportation
et l'extermination des homosexuels sous le
IIIe Reich, "une honte", selon ses
termes.
Par
ailleurs, Yves Lescure, le directeur de la
Fondation pour la Mémoire de la
Déportation, a rappelé le 5
avril dernier que le sort
général des détenu/es
était d'être traité/es
en "sous-homme" et qu'il ne saurait y
avoir de nouveau des "sous-hommes", ni
dans la mémoire, ni dans
l'histoire, ni aujourd'hui.
Cependant, cette
année, comme les trois
années précédentes,
les membres des associations LGBT de
Strasbourg ont dû attendre le
départ des drapeaux de la
République et des officiels pour
avoir le droit de rendre hommage aux
citoyens français qui ont
été assassinés dans
les camps.
Nous
prenons la parole, parce que cette
déportation spécifique a
été trop longtemps
niée, minimisée ou
passée sous silence et qu'elle
continue de l'être.
Nous
tenons à rapporter ici les propos
tenus par Simone Veil, qui a
déclaré en janvier dernier
dans la presse qu'elle avait
éprouvé de la
difficulté à faire accepter
et respecter son parcours de
rescapée juive après la
Libération, parce qu'il
était occulté par celui des
déportés résistants
:
Nous
pensons dans le même ordre
d'idée qu'il faut prononcer les
mots "déportés homosexuels"
ou "déportation des homosexuels",
pour que la plupart des auditeurs,
entendant l'expression "tous les
déportés", cessent
d'entendre uniquement
"déportés juifs et
résistants" par
méconnaissance du sort
réservé à cette
catégorie de personnes.
Nous ne
vous laisserons pas mourir deux fois en
laissant le témoignage de votre
martyre sombrer dans l'oubli et le
déni. Nous ne laisserons pas les
jeunes générations dans
l'ignorance des souffrances que vous avez
endurées.
L'homophobie
institutionnalisée, c'est les
triangles roses dans les camps de
concentration nazis : nous resterons
vigilants, car l'homophobie a tué
par le passé et qu'elle continue de
tuer aujourd'hui.
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