Hexagone Gay





Ile-de-france

Années 60



PARIS DANS LES ANNEES 60. Saint Germain des prés est au top de sa gloire dans le monde de la vie nocturne et a définitivement remplacé Montmartre parmi les quartiers préférés des homosexuels. Les années 60 voient aussi les discothèques supplanter les dancings et les microsillons remplacer les orchestres dans les clubs. Mais à partir du milieu des années 60, c'est un nouveau quartier gay qui va peu à peu s'imposer comme étant le centre de la vie nocturne : Le 2ème arrondissement et en particulier une rue, la rue Sainte Anne. 



Lieux




Années 60
 A PARIS
SAINT GERMAIN
LES CAFES
- Le Café de Flore

172 bd Saint Germain (6e)
- Le Royal Saint Germain (Drugstore Publicis)

149 bd Saint Germain (6e)
LES BARS - CLUBS
- Le Fiacre 

4 rue Cherche Midi (6e)
- Le Pousse au Crime

15 rue Guisarde (6e)
- Le Bacchus
- Le Quod Libet

3 rue du pré-aux-Clercs (7e)
- Le Speakeasy

4 rue des Canettes (6e)
LES DISCOTHEQUES
- La Boite à Chansons

3 rue Grégoire de Tours (6e)
- Le Cherry Lane

8 rue des Ciseaux (6e)
- Le Prélude

9 rue Guisarde (6e)
- Le Katmandou

21 rue du Vieux Colombier (6e)
LES CABARETS
- L'Alcazar de Paris

62 rue Mazarine (6e)
LES RESTAURANTS
Les Petits Pavés

4 rue Beranrd Palissy (6e)

:: QUARTIER SAINT GERMAIN DES PRES.
LES CAFES - BARS - DISCOTHEQUES.
Marc DoelnitzSaint Germain et ses existentialistes s'est imposé comme le quartier à la mode de Paris. De nouveaux lieux voient le jour dans les années 60
, en particulier à destination des homosexuels. Si le "Café de Flore" et son premier étage efféminé reste toujours très fréquenté par les artistes et intellectuels, l'offre commerciale du quartier va se diversifier. Des bars pour filles et des cabarets de travestis vont faire leur apparition à Saint Germain alors que c'est Montmartre qui s'en était fait une spécialité. Le "Pousse au Crime" ouvre sur deux niveaux dans la rue Guisarde. Si l'endroit est parfois fréquenté par les prostituées, les lesbiennes y sont majoritaires. La clientèle est jeune et décoincée et le Pousse au Crime est avant tout un bar-discothèque festif où les garçons ne sont pas interdits. Autres nouveaux lieux saphiques du quartier, "le Bacchus" et le "Quod Libet", auront eux une existence plus éphémère. Le 16 décembre 1968, Jean-Marie Rivière et Marc Doelnitz ouvrent rue Mazarine un grand cabaret où de nombreux travestis et transformistes vont se produire : "L'Alcazar de Paris". Si les cabarets de travestis de l'avant guerre n'étaient fréquentés que par une clientèle homosexuelle, dans les années 60, ce genre de spectacle intéresse de plus en plus le grand public et la clientèle des cabarets est maintenant plus constituée de provinciaux ou d'étrangers en goguettes, d'associations du troisième âge, que d'homosexuels ou de marginaux.
Le début des années 60 va voir une véritable floraison de nouveaux bars et discothèques pour les garçons à Saint-Germain mais la plupart du temps, elles ne sont pas exclusives, la clientèle de Saint Germain étant très large d'esprit. La "Boite à Chansons" s'installe au 3 rue Grégoire-de-Tours (6e). Le bar occupe le rez-de-chaussée et la discothèque les caves voutées du sous-sol. La clientèle est majoritairement homosexuelle et masculine mais les filles y sont admises.  "Le Cherry Lane"installé depuis les années 50 au rez-de-chaussée du 8 rue des Ciseaux en plein c½ur de Saint Germain devient un endroit très "in". L'ambiance y est très jeune et mixte. Les tubes yéyé résonnent dans cet endroit au décor psychédélique avec ses grosses fleurs d'acier. La jeunesse qui commence à être chevelue s'assoit sur des poufs autour de tables basses. Les minets qui fréquentent l'endroit au début des années 60 vont peu à peu laisser la place aux beatniks. Une petite piste au fond du bar permet de s'exercer au jerk ou au twist. Un des premier DJ des nuits parisiennes y fera ses débuts, le cubain Guy Cuevas. Nicoletta passera aussi par les platine du Cherry Lane. Le clubbing gay, qui va se développer dans les années 70 et 80 à travers le monde occidental, commence à faire aussi ses premières armes à Saint Germain.  Juste à coté du Cherry Lane, un autre établissement va souvent changer de nom mais la clientèle homo lui restera fidèle : "l'Escalier", "Le d'Artagnan", "Le Why Not".   La petite et populaire rue des Canettes possède son bar de garçons : "Le Speakeasy". La clientèle y est presque exclusivement masculine, jeune et homosexuelle. L'endroit est assez chic et on y vient plus pour discuter, draguer de manière soft que pour y faire la fête. Quelques gigolos fréquentent l'établissement. On trouve aussi des gigolos au "Tabac des Sports", 54 rue du Four. L'établissement est tout en profondeur et si l'on achète ses cigarettes au comptoir d'entrée, quelques beaux garçons,
toujours prêts à la location de courte durée, trainent dans la salle du fond . Les habitués surnomment l'endroit "Le Bureau", plus en raison de son caractère de bureau de placement que de bureau de tabac.

Vers la fin des années 60, le quartier va voir s'installer quelques futures grandes figures de la nuit parisienne, qui vont y faire leurs débuts.
Le 2 décembre 1969, Elula Perrin va ouvrir avec Aimée Mori "Le Katmandou" au 21 rue du Vieux Colombier. D'entrée de jeu, ce club lesbien va se démarquer des autres établissements pour filles. D'abord, il est exclusivement féminin et les hommes ne peuvent, en principe, pas y entrer. Ensuite, le Katmandou est un club à la mode et relègue aux rang des antiquités le garçonnes en costume masculin des autres clubs. Ici les filles sont jeunes, modernes, en minijupe ou en short. Elles dansent le jerk ou le twist et ont davantage l'esprit libéré des hippies que de leurs mamans. En outre, au Katmandou il n'y a aucune interférence entre la prostitution, comme c'est encore souvent le cas de certaines boites lesbiennes qui laissent entrer les hommes hétérosexuels. Enfin, si les femmes y sont reines, elles n'y sont pas exclusivement homosexuelles. Le club accueillera quelques femmes célèbres et quelques figures du showbiz comme Mélina Mercouri (mère de Joe Dassin et future ministre grecque de la Culture) ou Alice Sapritch, (actrice et égérie des homosexuels). Elula Perrin sera non seulement une grande figure de la nuit parisienne mais aussi une militante lesbienne active. Elle participera par la suite à des émissions de télé sur l'homosexualité, écrira de nombreux livres, dont le premier, "Les femmes préfèrent les femmes" en 1977, connaîtra un grand succès.
Autre future grande figure de la nuit parisienne, Gérald Nanty, va lui aussi faire ses débuts dans le quartier. Client assidu du Café de Flore et du Fiacre, mais aussi possédant de nombreuses relations dans le milieu de la mode et du showbiz, Gérald Nanty va être chargé de relancer un club un peu vieillissant de la rue Saint Benoît, une des rues les plus animées de Saint Germain. Comme nous sommes en 1965, il le rebaptise "Club 65" et va y attirer beaucoup de jeunes mannequins mais aussi des stars du showbiz. La future chanteuse Nicoletta y était disquaire et l'acteur Guy Marchand barman. Le Club 65 aura une marraine prestigieuse en la personne de Marlène Dietrich et des figures comme Cécile Sorel, Dario Moreno ou la première transsexuelle française, Coccinelle seront des habitués de l'établissement. C'est aussi au Club 65 que sera lancé Hervé Vilard avec son tube "Capri c'est fini". Le succès du Club 65 est immédiat. Incapable de faire du surplace, Gérald Nanty va animer ensuite  "Le Prélude", 9 rue Guisarde, bar tenu par deux lesbiennes. Il y peaufine la formule inventée par le Fiacre, c'est-à-dire la co-existence d'un bar-discothèque gay et d'un restaurant pour les VIP.  Il reçoit au Prélude toutes les figures de la nuit parisienne et du showbiz.
La fin des années 60 va voir à la fois une grande popularité du quartier Saint Germain des Prés de plus, rendez-vous des hyppies, des babas cool et des beatniks, de plus en plus envahi par les touristes mais aussi peu à peu abandonné par les homosexuels. "Le Fiacre" (cf années 50), le bar-restaurant le plus fréquenté par les homos parisiens mais aussi du monde entier et véritable locomotive gay du quartier, va fermer ses portes au début des années 70 suite au décès de son fondateur, Louis Baruc. Son ami et associé ne va pas reprendre l'établissement mais reprendre "les Petits Pavés", un restaurant du 4 rue Bernard-Palissy, qu'il va appeler "le Bureau". "Le Fiacre" va être repris quelque temps par une des figures montantes de la nuit gay parisienne, Michel Roux, mais l'âme du lieu ayant disparu, le Fiacre va s'éteindre à son tour. 
Autre endroit emblématique du quartier, la grande brasserie "Le Royal Saint Germain" à l'angle de la rue de Rennes et du Boulevard Saint Germain va faire l'objet d'une vaste opération immobilière et repris par le patron de Publicis qui va y créer comme sur les Champs Elysées, un "Drugstore Publicis". L'endroit, inauguré en octobre 65, propose sur plusieurs niveaux des commerces ouverts la nuit, librairie, journaux, pharmacie, bureau de tabac, brasserie, restaurant. Dès le début, une des  clientèles attachées à l'ancien "Royal Saint Germain", c'est-à-dire les gigolos jeunes et beaux, va continuer à fréquenter le Drugstore Saint Germain. Le trottoir sera l'occasion de rencontres et la brasserie, l'occasion de se nourrir frugalement d'un steak à cheval ou d'un croque madame, entre deux clients.
Café de Flore Drugstore Saint Germain
Le Café de Flore Le Drugstore Saint Germain et ses minets




Années 60
 A PARIS
RUE SAINTE ANNE
LES BARS - CLUBS - RESTAURANTS
- Le Royal Opéra

19 avenue de l'Opéra (1er)
- Le Vagabond

14 rue Thérèse (1er)
- Le César

4 rue Chabanais (2e)
- Le Piano Bar (ex Théâtre du 7)

12 rue Sainte Anne (1er)
LES DISCOTHEQUES
- Le Pimm's

3 rue Sainte Anne (1er)
- Le Club 7

7 rue Saint Anne. (1er)
LES CABARETS
- La Vie Parisienne

12 rue Sainte Anne (1er)
- Aux Quatre Mules (Sidonie Baba)

32 rue Sainte Anne (1er)

:: QUARTIER DE LA RUE SAINTE ANNE.
Ce quartier qui se cherche depuis les années 30 avec la présence de quelques cabarets lesbiens comme la "Vie Parisienne", "Aux quatre Mules" et depuis les années 50 avec le bar-restaurant "Le Vagabond" ou "le César", va connaître à la fin des années 60 un coup d'accélérateur qui va le transformer en quelques années en centre de la vie nocturne homosexuelle parisienne. S'il y a eu, à la Libération, une véritable rupture entre le monde interlope de Montmartre et le quartier jeune et libéré de Saint Germain, il va y avoir également une rupture d'ambiance entre Saint Germain et la rue Sainte Anne, même si cette fois, ce sont certains acteurs de Saint Germain qui vont reprendre peu à peu des établissements dans la rue Sainte-Anne et dans les rues avoisinantes.
Un jeune homme de bonne famille va y ouvrir un bar chic au 3 rue Sainte Anne. "Le Pimm's" est ouvert en 1964 par un nommé Fabrice Emaer qui ne sait pas encore qu'il va devenir en quelques années le roi de la nuit à Paris, et pas uniquement de la nuit homo. L'endroit n'est pas très grand mais on s'y entasse bien vite. La clientèle est jeune et moderne et écoute de la musique américaine. Quelques années plus tard et toujours dans la même rue, au numéro 7, Fabrice Emaer va ouvrir un second établissement, tout en gardant le Pimm's. C'est la création le 18 décembre 1968,  du "Club 7". Au Rez-de-Chaussée, "le 7" est avant tout un restaurant chic et nocturne puisqu'il n'ouvre que vers 22h. Dans une ambiance très classe et de bon goût, il propose une bonne cuisine gastronomique mais épurée. Le décor est noir et doré. Très vite, l'endroit devient le rendez-vous du showbizz et des artistes homosexuels (ou assimilés). L'adresse fait vite le tour du tout Paris mondain et chaque star qui se respecte se doit d'être passée au moins une fois au 7. Mais le Sept, c'est aussi un sous-sol et une discothèque gay. Si les femmes sont admises au restaurant du rez-de-chaussée, elles ne sont pas souhaitées au sous-sol qui est très masculin et aussi très jeune. Là aussi Fabrice Emaer fait preuve d'un tel sens de la fête et d'une telle rigueur professionnelle qu'en l'espace d'une année, "le 7" va devenir la boite la plus "In" (selon l'expression de l'époque) de Paris. Autant le dire tout de suite, le prix d'entrée est exorbitant et donc très sélectif, mais il arrive que les jolis minets, bien propres sur eux, rentrent gratuitement. Les platines du Sept sont confiées par Fabrice au DJ numéro un des nuits parisiennes, Guy Cuevas qui quitte donc les boites de Saint Germain pour la nouvelle rue montante, la rue Sainte Anne. S'il est un lieu symbole de la naissance du clubbing moderne et sophistiqué à Paris et en France, c'est bien le Sept. Au delà de la discothèque, la formule club-restaurant de nuit, imposée par le Fiacre à Saint Germain (qui faisait bar mais non discothèque) dans les années 50 et reprise avec succès par quelques autres comme Gérald Nanty qui règne encore à Saint Germain ou Michel Roux qui s'installe sur le quai de l'hôtel de ville, va connaître au "7" un succès sans précédent. Le bon dosage de la clientèle, souvent très différente mais complémentaire entre le restaurant et la boite est une des clefs du succès. D'ailleurs l'une ne viendrait pas sans l'autre. Les jeunes minets qui fréquentent la boite, sont honorés de faire partie du showbiz qui fréquente le restaurant, et les stars, en quête d'une éternelle jeunesse ne sont pas non plus gênées de dire qu'elles fréquentent un des endroits les plus jeunes de Paris, d'autant plus qu'elles peuvent aussi y "faire leur marché". Pour la première fois, on peut considérer qu'à Paris, l'homosexualité est à la mode, après le succès des boites hétéros comme chez Castel, chez Régine ou au Whisky à Gogo, c'est une boite homo qui devient une des plus réputée
de Paris, pour ne pas employer le terme "populaire". La coexistence de quelques grands couturiers ou producteurs de cinéma avec de jeunes éphèbes qui n'ont encore comme richesse que leur beauté, dénature souvent la sincérité de la relation. Aussi le Sept ne pourra jamais empêcher quelques gigolos de luxe de passer la porte et de rechercher quelques âmes généreuses. Le Sept va d'ailleurs attirer peu à peu dans la rue Saint Anne une faune de jeunes prostitués qui vont délaisser Saint Germain pour cibler une clientèle plus fortunée. Et la clientèle fortunée, sachant qu'elle peut y trouver les plus beaux garçons de Paris, va fréquenter de plus en plus la rue Saint Anne, autrement plus recommandable que les ruelles glauques de Montmartre ou l'ambiance délurée de Saint Germain. Combien d'artistes, d'acteurs, de comédiens célèbres des années 70, 80 auront trouvé leur pygmalion lors d'une soirée au Sept quand ils avaient une vingtaine d'année ?
D'autres établissements, moins emblématiques que le 7, vont aussi profiter de la nouvelle popularité du quartier pour s'installer. Frede, qui avait réouvert son cabaret lesbien "le Carroll's" rue de Ponthieu, va reprendre "La vie Parisienne" de Colette Mars (ancien établissement de Suzy Solidor) et y transférer "le Carroll's". Mais ce qui avait été la boite à la mode des années 50 et du cha-cha-cha, n'aura plus le même succès à coté de l'apparition d'autres modes musicales comme le rock, le jerk, le twist, puis le rythm'n blues et la soul qui donnera naissance au disco. C'est Fabrice Emaer qui va reprendre un temps l'établissement pour en faire un café théâtre ("le Théâtre du 7") puis il va le céder à Isolde Chrétien qui va en faire "le Piano Bar", un bar à l'ambiance tamisée et comme son nom l'indique, bercée au son d'un piano. Le "Piano Bar" va être aussi très masculin et ouvert à l'heure de l'apéritif et donc bien complémentaire du Sept ou du Pimm's.
A coté de l'empire "Fabrice Emaer" qui est en train de se constituer, les autres cabarets du quartier sont en perte de vitesse. "Les quatre Mules", cabaret historique qui avait commencé avant guerre sous la direction de la chanteuse Sidonie Baba, va abandonner ses spectacles. Sidonie Baba va donner son nom à l'enseigne qui devient donc tout simplement "Sidonie Baba" mais va confier l'animation de l'établissement à un italien hétérosexuel qui va tenter de retenir la clientèle homosexuelle dans une ambiance bar. Les nombreux habitués de l'établissement, bien que vieillissants, vont lui rester fidèle.




Années 60
 A PARIS
MONTMARTRE
LES BARS - LES CLUBS 
- Le Play-Back

19 rue Lambert (18e)
- Chez Madame Madeleine

rue Guelma (18e)
- La Nuit

Boulevard de Clichy (18e)
- Le Pavé

20 rue des Trois Frères (18e)
- La Maison du Pêcheur

10 rue des Trois Frères (18e)
- Le Shadock

50 rue des Trois Frères (18e)
- Le Père Louis

32 boulevard de Clichy (18e)
- Don Caracol

5 passage Cottin (18e)
LES CABARETS
- Chez Michou

80 rue des Martyrs (18e)
- Madame Arthur

75 bis rue des Martyrs (18e)
- Chez Moune

54 rue Pigalle (9e)
LES RESTAURANTS
- La Mangeoire

17 rue Ganneron (18e)
- Le Cavalotti

7 rue Cavalotti (18e)
- Le Coup de Frein

88 rue Lepic (18e)
- A L'Ecureuil

22 boulevard des Batignolles

:: QUARTIER MONTMARTRE - PIGALLE.
A Montmartre, avec le succès de Saint Germain et l'émergence de la rue Sainte Anne, l'ambiance est de moins en moins homosexuelle. Seules subsistent quelques cabarets de travestis, dont la clientèle est plus hétérosexuelle qu'homosexuelle, une boite pour lesbiennes et quelques bars glauques.
Le Cabaret le plus populaire du quartier reste "Madame Arthur" rue des Martyrs. Maslowa y mène toujours la revue d'une main de maître et si Coccinelle n'apparaît plus sur la scène de Madame Arthur, c'est parce qu'elle a débuté une carrière internationale. Bambi et Fétiche sont les nouvelles stars de l'établissement.
Mais l'événement de la rue, c'est l'ouverture un peu plus haut du cabaret "Chez Michou". Michel Cathy, dit Michou, le propriétaire des lieux, avait repris un restaurant à cette adresse à la fin des années 50. En 1961, il décide d'y présenter un numéro de travestis burlesques. Il se travestit d'ailleurs lui-même à cette époque. L'originalité du spectacle est que les artistes ne chantent pas en live comme c'est encore le cas chez Madame Arthur, mais en play-back. C'est donc sous la vraie voix de Mireille Mathieu, France Gall, Juliette Gréco, Sylvie Vartan, Brigitte Bardo que leurs sosies se produisent sur une scène minuscule de 2 m2. Très vite, l'endroit va bénéficier d'une belle campagne de presse et devenir le cabaret à la mode de Paris. Ce n'est qu'en 1969, qu'il prend définitivement l'enseigne "Chez Michou" et fait le plein tous les soirs. Il a réussi à devenir plus populaire que son ainée de la rue, "Madame Arthur".
"Chez Moune", le cabaret féminin de Pigalle, connaît aussi un beau succès, même si le nouveau Katmandou de Saint Germain attire davantage la jeunesse féminine.
Une future figure de la nuit, Nano, va ouvrir au 19 rue Lambert le "Play-Back", un bar tout en longueur et une petite salle de restaurant au fond. Le tour du quartier ne serait pas complet si on oubliait "La Mangeoire", rue Ganneron. L'endroit est avant tout un restaurant de nuit, mais il propose aussi une ambiance bar-discothèque. Moins prestigieux que les nouvelles boites de la rue Sainte-Anne, il possède néanmoins une clientèle masculine fidèle.
Quant aux bars glauques, ils ouvrent, ils ferment, ils changent d'enseigne. La police semble de plus en plus concentrer ses efforts sur les bars de prostitution que sur les lieux festifs. Alors que la mode des backrooms n'est pas encore inventée et que les bordels sont maintenant interdits, certains bars n'hésitent pas à proposer, illégalement, les services de garçons prostitués. Il y aura même un certain temps un bordel à garçons rue Guelma, "Chez Madame Madeleine". Le bar "La Nuit" sur le Boulevard de Clichy est le rendez-vous des gigolos dès 8h du matin, "Le Pavé", 20 rue des Trois Frères, celui des travestis, comme son voisin, "La Maison des Pêcheurs", endroit incroyable, dans un décor de bistrot breton avec ses bouées, ses filets de pêche et ses travestis qui dansent au son d'un juke-boxe en buvant de la Kronenbourg au milieu d'habitués du quartier qui jouent aux cartes, sans se soucier de la faune qui les entoure.

Michou

Le tableau final de Chez Michou dans les années 60 Visite des cabarets lesbiens de la capitale dans les années 60




Années 60
 A PARIS
AUTRES QUARTIERS
LES BARS CLUBS
- Le Boeuf sur le Toit

34 rue du Colisée (8e)
- Chez Charliy

9 rue d'Argenteuil (1er)
- Le Chelem

24 rue Pasquier (8e)
- Le Festival

22 rue du Colisée (8e)
- Suzy Solidor

4 rue Balzac (8e)
- L'Entracte

73 rue Saint Charles (15e)
LES DANCINGS
- Le Carroll's

36 rue de Ponthieu (8e)
LES CABARETS
- Le Carrousel de Paris

29 rue Vavin (6e)
- Le Monocle

60 boulevard Edgar Quinet (14e)
- Elle et Lui

31 rue Vavin (6e)
LES RESTAURANTS
Le Chapiteau

16 rue des Trois Bornes (11e)
- L'Entre Nous

22 rue du Petit Musc (4e)
- Chez Germain

19 rue Jean-Mermoz (8e)
LES CINEMAS
- Le Bosphore

37 Boulevard Saint Martin (3e)
- Le Cinéac Saint Lazare

Galerie des Marchands - Gare Saint Lazare (8e)
- Le Cinéac Montparnasse

Galerie Marchande de la gare Montparnasse. (15e)
- Le Pathé Journal

Porte Saint Martin (3e)
- Le Mexico

Boulevard de Clichy (18e)

:: AUTRES QUARTIERS.
LES CABARETS.
Maintenant que la danse entre homosexuels est de plus en plus tolérée, avec encore beaucoup de prudence, les homosexuels vont peu à peu délaisser les cabarets de travestis et les cabarets lesbiens au profit des discothèques. Suzy Solidor va définitivement quitter Paris pour la Côte d'Azur et son cabaret "Chez Suzy Solidor" va disparaître dès 1960. Monsieur Marcel va transférer "Le Carrousel de Paris" de la rue du Colisée à la rue Vavin, à Montparnasse. Ainsi ses deux établissements, le Carrousel et le "Elle et Lui", vont se situer l'un à coté de l'autre et communiquer entre eux. Si le Carrousel propose un spectacle de travestis pour hétéros en goguette, le "Elle et Lui" continue à attirer une clientèle de lesbiennes. Monsieur Marcel garde aussi la main sur son établissement de Montmartre, "Madame Arthur".
Le cabaret lesbien "le Monocle", rare rescapé des années 30, semble avoir suspendu le temps. Son éternel orchestre de femmes anime toujours les soirées délaissées par la jeunesse et fréquentées par quelques vieilles dames nostalgiques de l'avant guerre. 

LES BALS - LES DISCOTHEQUES
Si les discothèques naissent avec la mode du twist et du jerk, la danse à deux peut aussi avoir ses adeptes. Depuis longtemps, les homos aimeraient pouvoir danser en couple comme les hétéros, malheureusement cela leur est interdit et la police veille. Depuis toujours la loi est transgressée, au risques et périls du tenancier de l'établissement. Dans les années 60, la plupart des discothèques parisiennes sont encore équipées d'une lampe rouge qui s'allume dès qu'un contrôle de police intervient et qui est le signe pour les danseurs de se séparer bien vite afin de ne pas être arrêtés et l'établissement inquiété. Mais la mode du twist et du jerk va privilégier les danses individuelles dans les discothèques. Dans les années 60, il existe néanmoins un endroit où les amateurs de valse, de tango et autres danses à deux peuvent se satisfaire. L'endroit tient plus du club privé que de la discothèque : "le Bal de la Colonelle" se tient en région parisienne à Saint-Nom-la-Bretèche. Il s'agit d'un pavillon privé et isolé au fond d'un parc, appartement à une lesbienne que tout le monde appelle "La Colonelle". On lui attribue des actes de bravoures durant la Résistance, ce qui lui vaudrait ce grade et la rosette qu'elle arbore au revers de sa veste. Au bal de la Colonelle, la clientèle est plutôt bourgeoise, sans extravagance et la bonne tenue est de rigueur. L'endroit est ouvert aussi bien aux hommes qu'aux femmes et le dimanche après midi uniquement.
Autre endroit où la danse à deux est possible, c'est dans le local du "Club Arcadie", un ancien cinéma rue du Château d'Eau. A partir de 1969, André Baudry obtient l'autorisation d'y organiser chaque week-end un bal pour les homosexuels. L'endroit n'étant réservé qu'aux membres inscrits et non ouvert au public extérieur,  la danse entre hommes y est tolérée.
Si la plupart des discothèques se concentrent à Saint Germain et dans la rue Sainte-Anne, ces nouveaux établissements festifs vont aussi apparaître dans d'autres quartiers.
"Le Rocambole" ouvre ses portes en 1968 au 9 rue Budet dans l'Ile Saint Louis. Jean-Pierre, le patron et Michel le DJ, vont réussir très vite à faire le plein de l'établissement qui n'est pas très grand. Le bar se tient au rez-de-chaussée et la discothèque dans les deux caves en vieille pierre du sous-sol. Cette discothèque sera l'une des plus populaires des années 70, mais après son changement d'adresse...
"La Mendigotte" est un bar-restaurant-discothèque à l'ambiance très parisienne comme le 7 rue Saint Anne, mais moins fréquenté par les vedettes. La Mendigotte se situe sur la quai de l'hôtel de ville dans le 4e, à l'orée du Marais qui est encore un quartier sans vie et à l'abandon. C'est Michel Roux qui est à l'origine de ce nouveau club qui va essaimer à travers toute la France dans les années 70. La Mendigotte propose au rez-de-chaussée un restaurant réservé aux garçons qui peuvent dîner tardivement dans des petits boxes discrets. A l'étage, l'ambiance y est plus mixte et les prix un peu plus élevés, mais on peut profiter d'une belle vue sur la Seine. Enfin, le sous-sol est réservé à la discothèque gay et masculine. L'ambiance y est jeune et festive.


Carrousel Madame Arthur Elle et Lui Michou



LES CINEMAS
Si dans les années 30, les théâtres et les music-halls étaient souvent des lieux de rencontre, voire de débauche pour les homosexuels, dans les années de l'après-guerre, beaucoup de cinémas n'avaient rien à leur envier. Mais contrairement aux années 80 qui ont vu le développement des cinémas pornos, c'est dans des cinémas où étaient projetés des films de série B (western, horreur...) que les homosexuels avaient pris leurs habitudes dans les années 50 et 60.
A Paris les salles de ce type ont été nombreuses et on pouvait en fréquenter dans presque tous les arrondissements. Quelques salles ont néanmoins marqué plus que d'autres la mémoire collective et quelques anecdotes nous sont parvenues.
"Le Bosphore". Ce cinéma ouvert le 30 septembre 1911 au 37 boulevard Saint Martin, à deux pas du théâtre de la Porte Saint Martin, s'est spécialisé après guerre dans les films d'action de série B, les péplums et les westerns spaghettis. L'entrée de la salle se fait par dessous l'écran et deux ouvreuses complices, une brune et une blonde,
chouchoutent leur fidèle clientèle homosexuelle toujours généreuse en pourboires. Généralement, elles placent les clients homos dans les rangs du fond et les touristes de passage plutôt devant. Evidemment si l'écran propose des films d'action, la véritable action se passe dans le fond de la salle, où les spectateurs se livrent à quelques rencontres parfois du troisième type. A cette époque, la police des m½urs est encore vigilante et opère des contrôles surprises dans les salles obscures pour alimenter ses fichiers d'homosexuels. Au Bosphore, lorsque la police arrive à la caisse, les ouvreuses viennent faire des sémaphores sous l'écran avec leurs lampes de poche pour faire remonter les culottes. Le Bosphore fermera définitivement ses portes le 22 octobre 1980 et avec lui, un monument du "patrimoine culturel " gay va disparaître.
le Bosphore
 La salle en 1978 (Photo © Roger-Viollet / http://www.parisenimages.fr/)
Le scénario est presque identique au "Pathé Journal", un petit cinéma corridor de 25 m sur 3, lui aussi à deux pas de la Porte Saint Martin. Lors des contrôles de police, la caissière a un bouton faisant clignoter des lampes au plafond pour donner l'alerte dans la salle. En fait, il s'agit de "l'éclairage de balayage" utilisé par le ménage pour ne pas allumer le grand éclairage !
Le cinéma d'horreur situé à l'angle de l'avenue Rachel, entre Blanche et place Clichy, "Le Mexico", possède un balcon latéral où se déroulent de véritables partouzes. Un jour, à un coup de sifflet, plusieurs policiers disposés dans la salle ont allumé tous ensemble leurs lampes de poche, et arrêté une dizaine de personne pour attentat à la pudeur dans un lieu public. Les accusés, au nombre desquels un avocat connu, ont plaidé que l'attentat à la pudeur avait été provoqué par l'allumage concerté des lampes de poche... Dix ans plus tard, ils étaient toujours en jugement... mais le verdict ne nous est pas parvenu. Le Mexico deviendra un ciné porno dans les années 80 et un Mc Do dans les années 2000, autres temps autres m½urs.
Enfin, il ne faut pas oublier non plus les "Cinéac". Ces salles de cinéma, nombreuses à Paris, comme en province,  étaient apparues dans les années 30 et s'étaient spécialisées dans la diffusion d'actualités en continu mais aussi des documentaires et des dessins animés. A cette époque, la télévision n'était pas encore présente dans les foyers et les chaînes d'info étaient loin d'être inventées. Dans les années 60, Paris possède encore cinq Cinéac dont certaines salles sont situées dans les galeries commerciales des gares. Le prix d'entrée est modique, on peut entrer et sortir à tout moment, même au bout de 10 minutes, mais on peut aussi y passer la journée, car la salle ne s'allume jamais et l'actualité y est diffusée en boucle. Toutes ces particularités en font des endroits propices à la drague homosexuelle et les cinéacs de Montparnasse et de Saint Lazare pouvaient parfois prendre des apparences de lupanars... Les cinéacs disparaîtront avec les années 60.




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Sources
RESSOURCES EXTERIEURES ET REMERCIEMENTS
- Didier ERIBON, Dictionnaire des Cultures Gays et Lesbiennes, Larousse, 2003
- Florence TAMAGNE, Revue d'Histoire moderne et contemporaine, Ecrire l'histoire des homosexualités en Europe : XIXe - XXe siècles. tome 4, Editions Belin,  2006
- Jean-Louis CHARDANS, British group of sexological research, History and antology of homosexuality, histoire et anthologie de l'homosexualité, Centre d'Etudes et de Documentations Pédagogiques Paris, 1970
- Iconographie : Collection privée de Cartes Postales
- Le Crapouillot - Les Pédérastes - août-sept 1970
- Anecdotes et informations sur les cinémas parisiens et sur la vie gay à Saint Germain : Témoignage de Jacques de Brethmas.
- Remerciements à Eric pour ses précisions sur les adresses parisiennes.


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