La loi n° 744, article 134, fixe la majorité
sexuelle à 15 ans au lieu de 13 ans pour
les relations hétérosexuelles. Pour la première fois, les relations
homosexuelles sont discriminées puisqu'elles passent de 13 ans à 21 ans.
1944
- 6 juin 1944
Débarquement allié en Normandie
- 25 août 1944
Libération de Paris
-
1944
Roger Peyreffite publie "Les amitiés
particulières"
1945
- 7 mai 1945
Reddition de l'Allemagne
- 8 février 1945
Ordonnance qui transforme l'article 334 de
Vichy en article 331-2 du Code Pénal.
1948
- 10 décembre 1948
58 Etats signent à Paris la "Déclaration
Universelle des Droits de l'Homme".
- 1948
Premier
rapport publié aux USA sur la sexualité. Le rapport Kinsey dénombre que
10 % de la population mondiale serait homosexuelle.
1949
- février 1949
Une ordonnance préfectorale interdit à
nouveau la danse entre hommes à Paris.
- 16 juillet 1949
Loi
sur les publications destinées à la jeunesse qui limite très
sensiblement les publications qui diffusent des articles favorables à
l'homosexualité.
::
LES HOMOSEXUELS SOUS L'OCCUPATION.
Entre les silences de l'histoire, les mensonges entretenus par une
société bien pensante toujours prompt à accuser les homosexuels de tous
ses maux, la période d'occupation nazie a d'abord été perçue comme une
période de prospérité pour l'homosexualité mondaine et les tribunaux de
la libération ont vu défiler de nombreux artistes et intellectuels
homosexuels accusés de collaboration. Ce n'est qu'à la fin des années
90, avec une meilleure acceptation de l'homosexualité par la société,
qu'une vérité toute autre a commencé à émerger sur la situation des
homosexuels sous l'occupation. Après 50 ans de chape de plomb,
l'ouverture des archives et le lent travail des historiens ont fini par
révéler à une société qui n'avait jamais voulu l'entendre, que les
homosexuels avaient, avant tout, été des victimes et que la déportation
pour homosexualité était bien une réalité en Europe.
ARRESTATIONS
ET DEPORTATIONS.
En 1940, le premier élément à prendre en compte est que, contrairement
à une idée largement répandue, la France n'a pas été coupée en deux
zones, une zone d'occupation et une zone libre, mais en trois zones
puisqu'une partie du territoire (Le Haut-Rhin, le Bas-Rhin la Moselle)
a été purement
et simplement annexée au Reich allemand et n'était plus la France dans
l'esprit des nazis. Si
le sort des homosexuels a été relativement de même nature en zone
occupée et en zone libre (qui sera d'ailleurs occupée en novembre 42),
celui des homosexuels de la zone annexée sera le même que celui des
allemands. En Alsace Moselle, les homosexuels dont le nom figurait
sur les listes d'avant guerre, transmises par la police française,
seront arrêtés. Les premiers seront expulsés vers la France de
l'intérieur puis, les suivants,
déportés en camps de concentration (cf les années 40 en Lorraine et en Alsace
pour plus de détails). Les archives, incomplètes, recenseront 206
alsaciens lorrains déportés au nom du §175 de la loi
allemande, pour la
seule raison de leur homosexualité. Ils seront internés dans des camps
avec, pour la plupart, le triangle rose
cousu sur leur veste, équivalent de l'étoile jaune pour les juifs. On
estime entre 90 000 et 100 000 le nombre d'homosexuels arrêtés
et
provenant d'Allemagne ou des pays et des régions annexées. 10 à 15 000
seront déportés et les 2/3 y périront. Mais beaucoup d'homosexuels,
surtout dans l'armée, seront simplement abattus sans procès et sur
simple décision policière ou militaire. Concernant
les lesbiennes, le §175 ne
condamnent pas leurs relations. En revanche, des lesbiennes sont
arrêtées
en tant que personnes asociales (triangle noire) quand leur mode de vie
ne s'insère pas dans le schéma traditionnel de la famille.
Dans
la zone libre et dans la zone occupée, ce qui est considéré comme un
crime contre la race par les nazis pour un citoyen allemand, qui ne
peut être
qu'hétérosexuel, fait l'objet d'une vague complaisance pour un non
aryen, par nature dégénéré. L'idée est que les homosexuels ne feront
que précipiter
plus vite le déclin des races non aryennes. En dehors de l'Alsace et de
la Lorraine, les homosexuels français ne seront donc pas déportés avec
le triangle rose.
Le
§175 ne s'applique pas à la zone occupée. En
revanche, si le motif d'homosexualité n'est pas retenu officiellement
contre eux, beaucoup seront arrêtés simplement comme des prisonniers de
droit commun, des délinquants, notamment lorsqu'ils auront des
relations avec des militaires allemands. Si le résultat est le même
pour les victimes, il est néanmoins faux de considérer que le régime de
Vichy ait procédé à des rafles d'homosexuels et à leur
déportation. En
revanche, le gouvernement de Vichy s'est singularisé par la
publication d'une loi homophobe. Le 6 août 1942, un article de loi du
Code Pénal, l'article 334,
punit de 6 mois à 3 ans prison et de 200 à 60 000 francs les "actes
impudiques contre
nature" entre personnes du même sexe de moins de 21 ans. Cet article
introduit une discrimination entre homosexuels et hétérosexuels. Pour
la première fois depuis la révolution française, il est fait état
"d'actes contre-nature", terme hérité de l'intolérance religieuse de la
royauté. La
majorité sexuelle est ramenée de 13 ans à 15 ans pour les hétérosexuels
et de 13 ans à 21 ans pour les homosexuels. L'homosexuel qui a une
relation sexuelle avec une personne de moins de 21 ans est donc
considéré comme un pédophile et peut donc faire de la prison à ce
titre, y compris lorsque les deux protagonistes ont moins de 21 ans. A
cette époque personne ne s'offusquait qu'on puisse enrôler des enfants
de 14 ans dans des organisations para-militaires pour leur apprendre à
tuer, mais on refusait à de jeunes adultes de vivre leur
sexualité en prétextant qu'on est encore un enfant à 20 ans. Cette
aberration sera probablement une des raisons des amalgames
futurs entre homosexualité et pédophilie. Contrairement au §175
allemand, l'article 334 dans sa rédaction,
ne spécifie pas de différence entre les actes entre hommes et les actes
entre femmes, ce qui signifie que les lesbiennes peuvent être
concernées par cette loi. Cet article, contrairement aux lois
raciales, ne sera pas aboli
à la Libération. Il changera simplement de nom en devenant l'article
331, mais il ne perdra pas sa vigueur. Il faudra attendre 1982 pour
voir son abolition.
En Allemagne, le §175 sera adouci par le parlement
est-allemand en
1968, par le parlement ouest-allemand en 1969 et il ne sera totalement
aboli qu'après la réunification le 11 juin 1994. En 1988, l'Allemagne
reconnait
pour la première fois un déporté pour motif d'homosexualité. Une loi de
réhabilitation des déportés pour homosexualité ne fut votée par le
parlement allemand que le 7 décembre 2000. En France, il faudra
attendre
2001 pour qu'un Premier Ministre (Lionel Jospin) évoque officiellement
la déportation des homosexuels. Depuis les années 70, les associations
homosexuelles tentent de participer aux cérémonies du souvenir de la
déportation. Mais leurs couronnes de fleurs sont parfois piétinées par
des membres d'associations de déportés (25 avril 1976 à Paris, 28 avril
1985 à Besançon). L'accès leur sera interdit par les forces de l'ordre.
Ce n'est qu'à partir de 2001 que leur présence ne sera tolérée par les
autorités qu'en marge des cérémonies.
Pourquoi
a-t-il
fallu attendre 60 ans pour que la persécution des homosexuels par les
nazis soit reconnue alors que celle des juifs est devenue incontestable
dès la libération des camps de concentration ? Pourquoi les homosexuels
rescapés des camps de la mort sont-ils restés muets sur les raisons de
leur déportation à la Libération ? Il faudra des années pour que des
homosexuels allemands ou
autrichiens évoquent leur arrestation pour ce motif et un seul
français, l'Alsacien Pierre Seel, témoignera de son histoire en...
1982. Pourquoi
les historiens n'ont-ils
pas jugé utile de rétablir les faits par rapport à une vérité fabriquée
par la morale religieuse et une classe politique complice de ce silence
et de ces contre vérités pour ne pas employer le mot "révisionnisme" ?
La principale réponse à ces questions est
que les
hommes politiques issus de la Libération, sous la pression du lobby
familial, vont privilégier la promotion de la famille et de la
natalité, valeurs récupérées de l'idéologie pétainiste.
Les lois homophobes ne seront donc pas abolies et les
personnes qui déclareront leur déportation pour homosexualité prendront
un
risque d'être inquiétées comme délinquants et de toute façon
n'obtiendront aucun droit à réparation. Le contexte social et moral de
l'époque empêche, en outre, toute révélation de son
homosexualité. Le sort
des homosexuels durant la guerre a laissé dans l'indifférence totale
les citoyens européens de la seconde moitié du 20e siècle et seuls
quelques livres ou quelques militants ont abordé le sujet sans être
entendus. Enfin, les déportés homosexuels alsaciens et lorrains, une
fois la réalité de leur persécution prouvée, seront considérés comme
des allemands par certaines organisations de déportés,
persistant à considérer qu'aucun homosexuel français n'a été déporté
pour ce motif et qu'un seul l'aurait revendiqué (lettre de l'UNADIF du
15 avril 1994 au Mémorial de la
Déportation Homosexuelle - MDH, lettre
de la FNDIRP
à ses adhérents du 6 mai 1998). On peut donc légitimement se demander
pourquoi la République Française continuerait d'organiser des
cérémonies aux victimes françaises du nazisme en Alsace
Moselle ? Les
associations homosexuelles ne souhaitent pas privilégier une catégorie
de victimes contre une autre. Elles souhaitent simplement que la
totalité des motifs de déportations soient citée sans oublier personne.
Elles souhaitent simplement que "les oubliés de la mémoire" soient
réhabilités et qu'à l'instar d'autres pays européens, un monument ou
une plaque puisse leur rendre hommage et rappeler aux futures
générations que leur liberté peut à tout moment être remise en cause si
des criminels sont portés au pouvoir. Ces déportés, ceux qui sont morts
et ceux qui ont souffert dans leur chair, qui ont continué à se cacher
et à se taire après leur libération, qui n'ont jamais touché la moindre
indemnité de réparation car considérés comme des criminels, ces
déportés ne méritent ils pas au moins une réhabilitation posthume ?
Dessin de Walter Timm, 1945,
condamné au titre du § 175 et déporté au camp de Sachsenhausen de 1943
à 1945
HOMOSEXUALITE ET
COLLABORATION.
A
l'arrivée des allemands à Paris, les homosexuels, qui bénéficiaient
de nombreux bars et cabarets dans la capitale, ont imaginé un moment
que l'ordre moral imposé par les
nazis à Berlin, avec la fermeture de tous les établissements et la
déportation des homosexuels, allait se produire à Paris. Certains bars
ont eu la prudence de fermer leurs portes, d'autres se sont peu à peu
réouverts, sans aucune réaction de l'occupant. (cf années 40 à Paris)
Très rapidement, les cabarets tenus par des homosexuels ont repris
leur activité, les artistes homosexuels, hommes et femmes, ont pu
poursuivre leur carrière sans être inquiétés. Les petits bars homos de
Montmartre ont retrouvé leur clientèle, les lieux de rencontre, comme
les vespasiennes, ont repris leur activité avec la fréquentation de
nombreux militaires allemands alors que les officiers ont honoré de
leur présence les cabarets comme celui de Suzy Solidor. Contrairement à
la communauté juive qui a souffert très vite de tous les tourments
qu'on connait, en zone occupée, les homos n'ont pas été inquiétés par
les allemands en raison de leur orientation sexuelle, même si elle
pouvait devenir vite une circonstance aggravante dans le cas d'un délit
(prostitution, drogue, pédophilie, outrage à la pudeur...). Dans ce
contexte, on aurait pu estimer que le pourcentage de collaborateurs
zélés ne soit pas plus élevé chez les homosexuels que dans les autres
couches de la population française. Ce qui était probablement le cas si
le milieu artistique et intellectuel parisien, dont les homosexuels
constituaient l'ossature, n'avait pas focalisé, à la Libération, les
foudres des tribunaux d'épuration en raison de sa connivence avec
l'occupant. Dans la plupart des cas, la connivence consistait
simplement à poursuivre son métier sans ce soucier de la nature de son
public même si le vert de gris de l'uniforme allemand y était dominant.
La
fascination que certains homosexuels pouvaient éprouver pour le culte
de la virilité, de la force, de la jeunesse ou le fétichisme de
l'uniforme, du cuir, de la domination ont souvent constitué une
ambiguïté dans la relation entre le nazisme et l'homosexualité.
Mais c'est certainement l'homosexualité de certaines grandes figures de
la collaboration qui a très vite entrainé l'amalgame "homosexuel =
collabo".
Robert
Brasillach, écrivain et rédacteur en chef
de "Je suis Partout", hebdomadaire collaborassionniste et antisémite,
sera fusillé à la Libération pour "intelligence avec l'ennemi". Son
homosexualité sera évoquée à plusieurs reprises durant son procès,
comme si elle pouvait être responsable de son comportement. Il faut
rappeler que s'il était homosexuel, il refoulait ce penchant par une
homophobie violente, accusant les efféminés d'avoir accéléré la
décadence de la France. Le
romancier Abel Bonnard, surnommé par ses détracteurs "la Gestapette" ou
"la belle Bonnard" en raison de son homosexualité connue, est nommé
Ministre de l'Education Nationale et de la jeunesse par Pétain. Il
sera, à ce titre, un des signataires de l'article 334 qui discrimine
les homosexuels. Il est condamné à mort par contumace le 4 juillet 1945
et ne doit sa survie qu'à sa fuite en Espagne. Le journal l'Humanité du
3 juillet 1945 dénoncera dans un article "le ministre de Vichy, chargé
de la régénération de la jeunesse française, en sa qualité de pédéraste
bien connu". Là aussi, l'homosexualité semble intimement liée à la
collaboration dans l'esprit de la presse de la Libération. Abel
Hermant, autre écrivain homosexuel, fut lui aussi condamné à perpétuité
pour collaboration en 1945, exclu de l'Académie Française puis gracié
et libéré en 1948. Tous ont été indiscutablement collaborateurs et
homosexuels, mais ont-il été collaborateurs parce que homosexuels ?
C'est ce que les tribunaux et les journaux de la Libération vont tenter
d'accréditer sans jamais en faire la démonstration
objective.
Robert Brasillach
Abel Bonnard
Au
delà des véritables collaborateurs, la plupart des artistes et
écrivains homosexuels feront l'objet de dénonciations diverses à la
Libération et passeront devant les tribunaux d'épuration qui se
délecteront de pouvoir les humilier avec force détails sur leur vie
privée. La majorité d'entre eux en sortiront blanchis, quelques uns
interdits de scène ou mis à l'index, mais il n'en faudra pas plus pour
que l'amalgame "homosexuel = collaborateur" soit le seul que l'opinion
publique veuille bien entendre. L'attitude envers les femmes tondues de
la libération relève d'ailleurs du même réflexe qui canalise toutes les
aigreurs ou refoulements collectifs sur les plus faibles qui paieront
de leur personne au nom des turpitudes d'une société qui avait de
bonnes raisons de se sentir complice des crimes qu'elle avait cautionné
par son allégeance.
HOMOSEXUALITE ET
RESISTANCE.
Si l'histoire a retenu l'homosexualité de
quelques grands collabos,
elle a totalement oublié celle de grands résistants. Là aussi, on
pourrait avoir le réflexe de considérer qu'ils ont été résistants parce
que homosexuels, au delà des régions où ils étaient traqués et donc
jetés de force dans la clandestinité. En effet, l'absence de charges de
familles, l'habitude d'une certaine clandestinité de tous les jours et
d'une double vie auraient pu apporter des prédispositions pour la
résistance. Il ne faut pas exclure que cela a été probablement le cas
pour certains. Mais admettons que l'on pouvait être aussi résistant et
homosexuel sans qu'il y ait de lien de cause à
effet. Jean
Moulin, délégué du Général de Gaulle en France durant l'occupation,
fondateur et dirigeant du Conseil National de la Résistance, sera
arrêté par la Gestapo et mourra en juillet 1943, durant son transfert
en Allemagne des suites de la torture. L'homosexualité
de Jean Moulin a souvent été sous-entendue, parfois par ceux qui
souhaitaient nuire à sa mémoire, mais elle n'a jamais été prouvée.
Son secrétaire et plus proche collaborateur, Daniel Cordier, autre
résistant, qui écrira plusieurs biographies de Jean Moulin dont "Ilias
Caracalla", se refusera toujours à accréditer la thèse de
l'homosexualité de Jean Moulin, tout en déclarant clairement la sienne
en 2009. Que Jean Moulin soit ou non homosexuel relève de sa vie intime
et n'a probablement eut aucune incidence sur son engagement. L'histoire
n'a à retenir que son action majeure dans l'unification
de la résistance française. Les voix officielles de la Libération
s'efforceront toujours de nier la présence d'homosexuels dans la
Résistance, image peu conforme à l'idée que la France doit avoir de ses
héros. Certains résistants dont l'homosexualité notoire ne posera aucun
problème durant la guerre, car ils seront jugés sur leur action et sur
leur efficacité et non sur leurs m½urs, vont faire l'objet de
railleries ou de discrédit à la Libération lorsque leur homosexualité
redeviendra une cause de problèmes. Pascal Copeau, responsable du
groupe de résistance "Libération Sud", membre exécutif des "Mouvements
Unis de la Résistance" et l'un des co-fondateurs du Conseil
National de la Résistance, va entamer une carrière politique à la
Libération. Son homosexualité, qui n'avait jamais été une entrave à son
action de Résistant, va être l'objet en 1946 de cabales et de rumeurs
homophobes qui vont l'obliger à renoncer à une carrière politique. Il
sera néanmoins un grand journaliste. D'autres, qui auront aussi des
rôles importants dans la Résistance, vont tomber dans l'oubli dès la
guerre terminée. Les artistes Claude Cahun et sa compagne Suzanne
Malherbe, qui seront des figures actives de la résistance sur l'Ile de
Jersey, seront arrêtées par la Gestapo en 1944 et libérée juste avant
leur exécution en même temps que l'Ile.
Pascal Copeau
Daniel Cordier
Claude Cahun
Rose Valland
Autre
femme homosexuelle, Rose
Valland va sauver au Jeu de Paume une grande partie du Patrimoine
artistique français pillé par les allemands. Les livres d'histoire
ignoreront son nom et elle n'aura jamais un hommage à la
hauteur
du risque qu'elle a pris pour sauver de la dispersion la richesse
artistique de notre pays. Qui se souvient aussi du journaliste Roger
Stéphane, qui participa au lancement du journal Combat, organe de la
Résistance, plusieurs fois arrêté et évadé, participant à la Libération
de Paris et combattant dans la brigade Alsace-Lorraine ? Il sera co
fondateur de l'Observateur en 1950 et par la suite un militant gay
actif. Pierre Herbart, proche d'André Gide et auteur de romans, va
entrer dans la Résistance dès 1940 sous le nom de Général Le Vigan. Ils
organisera de nombreuses missions dont la préparation de la Libération
de Rennes en 1944. Jean-Louis Bory, écrivain et un des plus importants
militants de la cause homosexuelle dans les années 60 et 70, est durant
l'occupation, Résistant du Maquis de la Forêt d'Orléans.
Mais la résistance, si elle pouvait être combattante et organisée,
pouvait être aussi caractérisée par des petits actes individuels et
quotidiens qui n'avaient pas nécessairement des conséquences
importantes mais qui exposaient aussi leurs auteurs à des risques
d'arrestation, d'emprisonnement ou de déportation. Les zazous en seront
un exemple.
:: LES VALEURS DU REGIME DE VICHY.
La nouvelle devise de la France est "Travaille - Famille - Patrie". La
défaite de 1940 est attribuée au relâchement des m½urs de l'avant
guerre. Pour rétablir l'ordre moral le Maréchal Pétain va tout mettre
en ½uvre pour revaloriser la famille, seule structure capable pour la
France de surmonter son malheur. Derrière la Famille, c'est aussi la
natalité qu'il faut relancer. Il va de soit que le mode de vie des
homosexuels est en contradiction totale avec ces valeurs. Les premières
mesures prises par le gouvernement seront de renforcer la cellule
familiale. Pétain déclarera lui-même que le droit des familles
l'emporte sur les droits de l'Etat et de l'individu. Le droit au
divorce va être plus restrictif. Les couples n'auront plus le droit de
divorcer durant les 3 premières années de mariage. L'avortement est
sévèrement réprimé. Des campagnes de propagande vont être menées pour
glorifier le rôle de la mère de famille, qui va désormais avoir sa fête
annuelle. Dès le plus jeune âge, on apprend aux enfants à respecter les
rôles liés à leur sexe. Les petites filles doivent jouer à la poupée et
apprendre leur futur métier de mère, les jeunes garçons doivent
apprendre la vie en collectivité en s'inscrivant des des groupes de
jeunes, sortes d'organisations para-militaires, qui vont les préparer à
la défense de leur patrie. Ainsi les rôles de chaque sexe sont bien
définis. Les femmes à la maison pour élever les enfants et s'occuper du
foyer, les hommes à la guerre ou à l'usine. Cette politique nataliste
portera ses fruits avec le baby-boom de l'après-guerre.
Affiches
de propagande de Vichy
:: LES ZAZOUS.
Le courant des zazous, né peu avant l'occupation va, durant
l'occupation, devenir plus qu'une mode. Il va être l'expression de
rejet du nazisme, de la collaboration, de la morale vichyssoise, un
mouvement de révolte par inertie. Sa musique de prédilection est le
jazz et en particulier le swing, genre musical qualifié par les nazis
de dégénéré, puisque d'origine noire américaine. Certains
chanteurs français (Johnny Hess, Charles Trénet, Jean Sablon, le duo
Pills et Tabet...) vont s'imprégner du swing et porter le courant
zazou sur la scène. La tenue vestimentaire des zazous fait aussi
dans la provocation. Outre
son éternel parapluie fermé à la main, le zazou porte le cheveux long
et huilé alors que la coupe en brosse ou le cheveux ras font partie des
codes de la virilité de l'époque. Les vêtements anglais ou américains
amples, colorés et à carreaux sont également une offense au rigorisme
vestimentaire masculin dont la moindre fantaisie est synonyme
d'efféminissement. Les femmes aussi auront leur codes vestimentaires,
jupes à carreaux, vestes cintrées... Alors que la danse est interdite
par l'occupant, les
zazous organisent des "surprises parties" et des soirées dansantes
clandestines dans des caves, premiers prémices du clubbing encore pas
inventé. Alors que la morale de Vichy glorifie le travail,
l'ordre, la famille, le zazou traîne avec ses copains à la terrasse des
cafés, parle de la politique avec sarcasme et ironie. Il est amateur de
cinéma et de distractions frivoles. En résumé, l'esprit de
contradiction vécu et exprimé devient une sorte de résistance passive.
Certains en franchiront même les limites notamment lorsque le port de
l'étoile jaune sera imposé par les nazis à tous les juifs. Certains
zazous parisiens, pour exprimer leur désaccord, vont s'afficher par
provocation avec une étoile jaune marquée "zazou". Des arrestations et
des envois au camp de Drancy vont vite mettre fin à cette provocation,
même si ces jeunes finiront par être libérés. La contestation sera plus
mesurée et calculée afin de ne pas franchir la ligne jaune. Le courant
zazous aura évidemment beaucoup de succès chez les jeunes homosexuels,
prédestinés par nature à se singulariser, à se sentir en dehors des
normes et à préférer une certaine exubérance vestimentaire. Pierre
Seel, déporté homosexuel, et jeune zazou en 1940, témoignera de la
connivence "zazous-homosexuels" puisque même en région, ils fréquentent
les même lieux, comme "le Moll" à Mulhouse. Ce mode d'expression sera
une forme d'exutoire pour les jeunes homosexuels dans une société
rigoriste et "aseptisée". Les mouvements d'extrême droite, et en
particulier "la Jeunesse Populaire Française" de Doriot, ne vont pas
s'y tromper. La chasse aux homosexuels dans les vespasiennes va se
doubler d'une chasse aux zazous à Saint Germain des Prés et beaucoup
vont être passés à tabac et tondus dans la rue par des jeunes de leur
âge. Les zazous, avec leur contestation des codes de la masculinité,
leur dandysme, leur esprit de dérision, vont focaliser de plus en plus
la haine des jeunes fascistes. Face à une répression plus violente, à
l'extension du STO (Service du Travail Obligatoire) en Allemagne, ce
courant va davantage se clandestiniser. Beaucoup d'entre eux vont
participer aux mouvements de libération de la France et de Paris en
particulier. Mais, à la Libération, même si les violences ne sont plus
de même nature, ils feront toujours l'objet d'un rejet et resteront
suspects d'une attitude un peu trop frivole pour mériter le respect.
Le courant zazou donnera naissance aux existentialistes des
années 50 dont le centre de gravité sera Saint Germain des Prés, le
futur quartier homo de l'après-guerre. La contestation de la jeunesse
pourra s'y exprimer avec moins de retenue et de danger même si certains
collabos et maréchalistes devenus préfets de Police, comme Maurice
Papon à Paris, continueront à représenter une menace pour tout
mouvement contestataire, surtout non violent.
Les zazous
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les extraits
RESSOURCES
EXTERIEURES
::
Sources :
::
Sites internet :
- Didier Eribon, Dictionnaire
des Cultures Gays et
Lesbiennes, Larousse, 2003
- Collectif, Dictionnaire
de l'Homophobie, Puf, 2003
- Jean Le Bitoux, Les oubliés
de la mémoire, éd. Hachette Littérature (05/2002)
- Pierre Seel, Moi, Pierre
Seel, déporté homosexuel, éd. Calmann-Levy (1994)
- Hervé Joseph Lebrun, De Pierre et
de Seel, Paris.
- Lutz van Dijk, La
déportation des homosexuels, onze témoignages 1933-1945,
éd. H&O (2000)
- Les
triangles roses ou la mémoire interdite, Brochure éditée
par l'association "Les Flamands Roses", Lille
- Jean BOISSON, Le Triangle
Rose, éd. Robert Laffont (1988)
- Heinz Heger, Les hommes au triangle rose, journal d'un
déporté homosexuel, éd. Personna (1981)
- R. Plant, The pink
Triangle, The nazi war against Homosexuals, New-York
Henry Holt and Co
- M. Pollack, L'expérience
concentrationnaire, essai sur le maintien de l'identité sociale,
Paris Métaillé, 1990
- Daniel Cordier, Alias
Caracalla, Mémoires 1940-1943, Galimard, Paris, 2009
- Jacques Girard, Le Mouvement
homosexuel en France, 1945-1981, Syros, 1981.
- Scott Gunther, The Elastic
Closet: A History of Homosexualitiy in France -
Palgrave, Janvier 2009